Bienvenue au royaume des mes errances, en vous souhaitant d'être touché.
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vendredi 22 janvier 2010

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Première Partie. Chapitre 3.


Sur le trottoir du carrefour des droits de l'homme les embouteillage n'en finissent pas de se perdre de vue. Elle décide pour une fois, de prendre le métro. Mais avant de rentrer elle doit faire quelques courses. La supérette du coin est à deux pas d'ici. En chemin, s'en cesse harcelée par les coups de klaxon d'automobiliste impatient elle n'aspire plus qu'à trouver un abris dans la grande surface. Une fois arrivée devant l'entrée, un homme sale, à genou sur une veille serviette, la supplie du regard, il tient dans sa main une pancarte quémandant à manger. Les portes coulissantes s'effacent pour la laisser rentrer, elle passe; sa plante sous le bras, décidée à trouver les engrais nécessaires. Nageant contre la foule des consommateurs effrénés, elle peine à atteindre les rayons qui l'inspire, les gens sont ponctuels, il est presque 7 heure. Lassée, après deux tours complets du magasin, ne trouvant pas sont compte elle interroge une employée avant de quitter les lieux. Elle s'éclaircit la voix, prenant l'air avertie.
« -S'il vous plait mademoiselle!
-Oui madame, que puis je pour vous?
- Voilà, je recherche un produit pour rétablir ma plante, vous-voyez elle est un peu faible. Il me faudrait une sorte de fortifiant.
- Je ne crois vraiment pas pouvoir vous aider madame, nous ne faisons pas ce genre d'article. Allez plutôt voir un fleuriste. Il me semble qu'il y en a un pas très loin d'ici, si mes souvenir sont bons, prenez à gauche en sortant. »
Dehors, désorientée elle prend donc sur sa gauche, le soleil se couche lentement, imposant peu à peu l'obscure couvercle de la nuit,
accompagnée d'une fine brume, humide. Elle se dirige au hasard, tournant au coin des rues, pensant y trouver son bonheur, mais chaque fois, pas de fleuriste en vue. Déçue, un peu perdue, elle commence à songer à retrouver sa route. Elle empreinte un grand boulevard, espérant y voir l'animation coutumière de ces grande artères. Personne, où tout juste quelques passant, fuyards pressés de rejoindre leur foyer, et des ombres noirs au loin, traversant le brouillard de plus en plus épais. Elle s'imagine être la soliste d'un roman de Dickens, plongées dans une sombre histoire au fin fond des quartiers de Soho. Elle s'attend à chaque instant découvrir le monstrueux visage de Mister Hide surgissant d'un recoin, une âme perdue, effrayante. Sous un vieux réverbère peinant à éclaircir la rue elle remarque une silhouette et s'approche pour lui demander sa route. A quelques mètre elle l'interpelle.
« -S'il vous plait, monsieur! »
Elle distingue deux yeux clairs de jeune homme, le regard perçant la nuit, se tourner vers elle, puis, croisant son regard se figer soudain, et traverser précipitamment, comme pour l'éviter. Seule, l'angoisse montante, elle remarque au loin l'enseigne brillante d'un hôtel aux allures sordides et, une curieuse lumière orange semblant venir d'un coin de la bâtisse. Une ruelle se dessine à mesure qu'elle avance dans cette direction. Sur place, une impasse sinistre s'ouvre devant elle, les pavés scintillants d'humidité. Au fond de cette antre poisseuse un étrange amoncellement de lianes, fougères et broussailles encadre une ouverture, c'est de là que provient l'orangeâtre halo. Attirée, curieuse, elle pénètre d'un pas dans la ruelle et commence à sentir de fort odeurs exotiques, sécurisantes, occultant l'aspect repoussant de l'endroit. Elle réalise alors qu'elle se trouve devant la boutique qu'elle avait tant cherché. Un fleuriste qui, selon elle, devait être charmant en plein jour. En y entrant Caroline découvre un monde à part où tout paraissait parfait. Une adorable fontaine coulait calmement au centre de la pièce, partout des oiseaux dans de mignonnes petites cages en fer blanc chantaient, créant des mélodies enchanteresques. Les parfums de la flore environnante se mariait ensembles en une multitude de communions envoutantes. Une voix de femme, douce et chaude, s'éleva dans l'air, elle semblait chargée de pollen, comme si toutes les semences de la pièce c'était réunies pour former une alliance délicieuse.
« -Bonsoir Mademoiselle »
Il apparaît alors à Caroline un coin de la pénombre qui se met à se mouvoir, lentement. Emplis de sensualité, une onde rousse semblait sortir d'un profond sommeil. Une femme d'une beauté mystérieuse était assise là les yeux clos. Elle était magnifique, portant une longue robe pourpre venant d'une autre époque, sa peau blanche était infiniment lisse et pure, ses cheveux fauves si brillant, qu'on croyait que c'est d'eux que provenait l'éclat de la lumière, ce safran intriguant. Quelle posture séduisante les mains jointes avec cette douceur infinie, et les miroirs de sont âmes toujours fermés, calmes, insondables. Elle fascinait, l'hypnotisait.
« -Bonsoir, je m'appelle Caroline »
« -Bonsoir, Caroline , elle marqua une courte pause et pris une douce inspiration Que puis je faire pour vôtre plaisir? »
« -Voila, j'ai avec moi cette plante, d'habitude elle est plutôt solide, elle est sur mon bureau, mais depuis ce matin...Elle doit être tombé car elle est abimée. Cela embête mon responsable qui m'a demandé de m'en occuper.
-Votre responsable?
-Oui monsieur Raymond, il est d'habitude assez désagréable, ne pensant qu'au travail, mais là j'avoue que cette pauvre plante m'a fait un peu pitié, - Très bien, je pense avoir de quoi vous satisfaire, tu as frappé à la bonne porte Caroline.»
Elle sort de sa poche une paire de une paire de lunette noire qu'elle enfile avec une sorte de soupir d'apaisement.
« -Viens, approche, je vais te donner ce dont elle a besoin. Oh, je vois, c'est une scindapsus aureus. C'est ce que je pensais, j'ai là exactement, ce que vous désirez. »
Glissant la main le long de ses hanches, elle remonte ses doigts de cire suivant la courbe désirable de sa nuque élancée et tire un fil d'or invisible et, du creux de sa poitrine un fin flacon en forme de corne d'abondance. Remplis d'une substance olivâtre, on aurai dit une déesse d'Ingres ornée d'un piment vert. Le cœur de Caroline battait à tout rompre, elle n'avait pas ressentie pareille émotions depuis ces années de collégienne, cette femme, mon dieu, quelle charme sauvage émanait de son corps.
« -Venez belle liane que vous rende votre force, prenez ceci en vous, vous vous sentirez mieux, vous revivrez. »
Elle accompagne le geste à la parole, débouchant le flacon, et, presque solennellement, verse son contenu au pied de la plante. L'acidité de la mixture trancha avec la douceur de l'atmosphère. Caroline, répugné par l'odeur, releva les yeux vers le visage de la femme. Elle paraissait moins détendue, on aurait dis quelle murmurait des psaumes inaudibles la tête basse. Drôle de personnage se dit-elle, au fond, elle lui faisait penser à son amie Catherine, avec sa vie un peu bohème elle était séduisante, mais tellement fatigante.
« -Combien je vous dois? » Demanda Caroline, attendant une réponse de son interlocuteur. N'ayant pas de réactions le silence tombe pesamment sur la pièce, même les oiseaux semblait s'être tus. Elle s'apprête à poser une main sur l'épaule quand elle aperçoit par dessus les lunettes tombantes de la fleuristes, deux sombres tâches entourant ses paupières. Il y avait un atroce vide comme si ses yeux n'avait pas d'orbite, inerte la femme paraissait morte. Cela ne se pouvait, elle avait vu ces yeux tout à l'heure, elle rêvait, ses sens s'embrouillait. Paniquée, elle fait volte face, cherchant un échappatoire, n'importe quoi, quelque chose, mais vite. Sortir, elle devait sortir d'ici. Elle avait mal au ventre.
« -Dix euros. »
La voix venait de derrière.
« -Cela fera dix euros.
Caroline jette un coup d'œil furtif par dessus son épaule. C'était elle.
« -Pardonnez mon assoupissement, il est tard, et je travail un peu trop. »
Tout paraissait normal mais un malaise persistait en elle. Elle tend donc à la jeune femme l'argent réclamé et s'empresse de quitter la boutique sans même un remerciement, sans se retourner. Il est presque 8 heure, la fatigue de sa journée de travail commence à se faire sentir, ses pieds la font souffrir. Ne trouvant pas le courage d'emprunter le métro pour rallier son appartement, elle hèle le premier chauffeur passant et monte en voiture. Sur la banquette arrière son calvaire n'en finit plus, le temps s'étire en de cruelles minutes, suffocantes. Pourtant, elle se retrouve chez elle en un clin d'œil, comme dans un rêve ou plutôt un cauchemar. Cette douleur au ventre, cette infecte impression de vide lui brise les jambes. La grande porte en bois de l'immeuble pèse une tonne et l'ascenseur est en panne, elle commence son ascension, à pied. Les escaliers semblent interminable, le bois grinçant des marches résonne dans le vide insondable de la bâtisse. Ses forces la quitte un peu plus à chaque mètre parcouru, ses oreilles bourdonnent, elle ne peut plus lutter. La porte de son foyer l'attend, là, devant elle, juste une volée de marche. Juste une nouvelle multitude de petites estrades à franchir, une à une. Elle doute un instant. Et puis, de toutes façon, elle ne peut pas rester sur le palier toute la nuit. Pourquoi est elle si faible? une marche. Elle n'est pas si vielle après tout! encore une. Peu être une mauvaise grippe? Trois. Mon dieu sa tête la fait souffrir! Quatre marches. Et son ventre! ce froid! ce manque! Un éclair lui frappe le visage, son sang l'abandonne, sa vie la
quitte. Pressentant sa faiblesse ses yeux tentent de trouver du secourt, un voile blanc l'aveugle. Sa plante l'empêchant de se saisir de la main courante, Caroline chute au bas des escaliers. Déchirant le silence, le pot d'argile rouge de la scindapsus se brise sur le palier, répandant à ses cotés une répugnante terre moite, noire. L'écho de la scène se perd au loin, seul les rumeurs de la nuit anime encore l'obscure cage d'escalier, le corps de Caroline gît au sol, inanimée.

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Première Partie. Chapitre 2.

Jeudi. Elle ouvre les yeux et regarde son plafond. Le réveil sonne encore dans sa chambre, mais comme, terriblement lointain. Terriblement parce qu'il la fait souffrir. Elle repousse chaque sonnerie, comme une alerte stridente qui n'annonce rien de bon. La semaine avait été jusque là plutôt pénible. Trouvant enfin le courage de faire taire l'infernal signal, elle roule vers sa table de nuit, éteint l'engin de malheur, et lutte pour ne pas retomber endormie. Berlioz, d'humeur câline, bondit sur le lit et vient se pelotonner contre elle. Une boule de chaleur, douce et vivante. Il ronronne de plaisir contre sa joue froide. Et puis, sans prévenir, le voilà qui s'échappe, en trois bonds il quitte la chambre, et disparaît fièrement, presque hautain, dans le couloir obscur.
« - Attend moi! Berlioz? »
Décidant de le poursuivre elle sort de son lit en pyjama, enfile une paire de chaussettes et franchit le seuil de sa chambre. Elle le trouve assit dans la cuisine, devant son bol vide. Ses beaux yeux verts semblent lui demander tendrement de remplir la gamelle. Elle sourit.
« -Tu as faim n'est ce pas? »
Berlioz la regarde faire, amusé, en se grattant énergiquement l'oreille.
« - Attend, Voilà du lait frais pour monsieur. »
Une fois le bol plein, Il se lance à l'assaut de son plat, en avale rapidement la moitié puis, s'arrête, regarde Caroline. Intense, interrogateur, comme si une idée lui était soudain parvenue. Il ronronne alors gentiment mais, brisant l'instant, il part soudain en chasse. Il quitte la cuisine en un éclair, tel une panthère, poursuivant quelques proies invisibles. L'ignorant, elle sort du frigidaire un pot de confiture entamé, de la confiture de fraise. Le pain est un peu dur mais elle se tartine une large tranche et quitte la cuisine à son tour en mordant dans son petit déjeuner. Une fois dans la salle de bain, elle met la douche en marche, histoire de chauffer l'eau, pendant qu'elle s'observe dans la glace, finissant de manger. Déshabillée elle se faufile sous la douche, et s'empresse de refroidir la température étouffante. Pendant ce temps, Berlioz continuait de courir après une ombre qu'il était seul à voir. Caché derrière le canapé, prêt à fondre hors de l'obscurité pour capturer son ennemi. S'aventurant jusqu'à la chambre, il plonge sous le sommier. Il y voyait plus clair qu'aucun autre en ce lieu. Il rampe jusqu'au fond de sa cachette, vers la table de chevet de Caroline. Maintenant au bord du lit, il s'approche de la lumière. La fenêtre entrouverte, juste en face de lui, laissait entrer la rumeur de l'extérieur. Chaleureuse, remplie de cris d'enfants, elle attire Berlioz qui oublis un instant la raison de sa présence sous le lit. Il se risque à sortir la tête de son sombre refuge, quand s'en rendre compte, marchant sur un morceau de la couette dépassant du sommier, il déclenche une avalanche de draps l'assaillant de toutes parts. Pris de panique, il lutte, son poil se hérissent sur son échine traversée d'une décharge électrique. Crachant de toutes ces forces, il griffe aveuglement, frénétiquement, entrevoyant des éclats de lumière. Une sortie semble s'approcher et, la seconde qui suit disparaître à nouveau. Il croit mourir. Il en n'est là de son agonie quand Caroline arrive, les cheveux trempés, une brosse à la main. La lâchant d'un coup elle saisit les draps et délivre son Berlioz. C'est une bête sauvage qui s'échappe de l'antre, surgissant du fouillis de la scène, droit vers la fenêtre, fuyant son terrible agresseur. Bondissant du balconnet de l'appartement, il atterrit sur le toit de l'immeuble voisin, puis, poursuivant sa folle retraite, le suivant et l'autre encore. Quand après s'être suffisamment éloignés il s'arrête enfin, son cœur bat plus vite que jamais auparavant. La frayeur lui teintant encore l'iris, il regarde au loin la direction du champs de bataille, tourne le dos, et reprend son chemin sur la route des toits.
« - Étrange », se dit Caroline. « -Que peux tu fuir ainsi Monsieur chat? Enfin, si je ne me dépêche pas je vais encore être en retard au boulot. »
Elle finit de s'habiller en vitesse, et retourne à la salle de bain se sécher les cheveux. Calme sous la vrombissante chaleur elle se peigne en sifflant. Peut être n'était - elle pas trop mal finalement, au fur et à mesure sa coiffure prend du volume. Un beau noir brillant, lisse, lui frôlant les épaules, elle aimait bien sa coupe. Mais plus elle repasse le peigne dans ces cheveux moins elle arrive à obtenir ce qu'elle souhaite. En place un instant, ils retombent aussitôt. S'énervant, elle saisit une serviette, plonge la tête dedans, se les sèche, et finit sa toilette.
Dix minutes plus tard, assise dans un taxi elle repense à Berlioz. Il avait quitté l'appartement, c'était la première fois qu'il franchissait la fenêtre, était il tombé? Non, il reviendrait surement se soir, sain et sauf. En tout cas l'espérait elle. Et puis...
« - Sept euros Mademoiselle.
- Heu, oui, tiens, pardon tenez. Merci, au revoir.»
En passant devant la machine à café elle se demande ce qu'elle va bien pouvoir faire de son week-end, on lui avait parlé d'un film sympa, c'était l'histoire d'un couple qui traversait une crise, la critique était mauvaise mais elle aimait ces histoires et ses amies aussi, elle le proposerait à Catherine. En rentrant dans la cabine de l'ascenseur remplie de travailleurs, elle se trouve à son aise, presque tous les étage avant le sien illuminent le tableau de contrôle, à l'exception du numéro 2. Au 5éme elle sort. L'étroit carcan de l'ascenseur lui avait parut se resserrer au fil des étages, à chaque fois que les portes s'ouvraient le souffle de l'air lui apportait un sentiment nouveau. Au premier le calme apparent lui donna envie de dormir, bien que le second étage ne s'ouvrit pas, le trait de lumière filtrant par les portes lui fit se dire qu'elle serait mieux chez elle. Au troisième, quand les portes découvrirent la scène, l'activité ambiante la découragea un peu. Au quatrième, rien comme si il y avait un panne de courant, le noir grésillait comme un néon. Alors qu'il ne semblait pas y avoir d'activités deux hommes en costume descendirent de la cabine, curieux. Arrivée, elle ne veut plus qu'une chose, quitter cet endroit. Un pas sur la moquette grise, un autre, ses jambes la guide vers son bureau. Tout est en place comme chaque jours, impeccablement rangé, désespérant. Un simple coup d'œil l'informe sur la quantité de dossier à traiter dans la journée. Sibylle est en retard.
« -Ponctuelle Mlle Allain, félicitation.
- Merci Monsieur Raymond .
- Avez vous vu Sibylle?
- Pas encore Monsieur »
Satisfaite, elle ouvre son premier fichier, il semble dégager une odeur de trop neuf, lourd et fort, désagréable. Dix pages de formulaires pénibles, heureusement il y en a peu aujourd'hui, ils sont tous identiques. Au bout de quelques temps l'ennui la guette, ses yeux se perdent sur le haut des têtes dépassant des bureaux. Elle reconnaît ici son collègue qui parle toujours trop fort, la-bas celle qui passe son temps au petit coin. Perchée sur son bureau elle remarque sa plante verte, bizarrement, elle avait l'air affaiblie, les feuilles en bataille, une branche cassée. Surement une femme de ménage l'avait telle fait tomber, puis remis en place avec négligence. Elle n'était pas si mal cette plante après tout. On pouvait y voir toutes sorte de chose, des animaux et formes étranges dessinés par les nervures teintées de nuances de verts. Hypnotisée, elle se prend au jeu et imagine mille et une créatures fantastiques, elle a le sentiment d'y trouver un refuge à sa triste réalité. Sa main se remet à travailler machinalement. A l'heure du déjeuné Sibylle vient s'assoir à coté d'elle et déverse son habituel flot de venin, mais pour une fois cela ne la dérange pas. Caroline se surprend même à l'imiter avec une maligne complaisance. A la reprise, les dossiers diminues à mesure qu'elle découvre de nouveaux dessins dans les recoins végétal. Son travail lui semble ainsi moins pesant. 18H30 arrive, elle sursaute quand une grande main moite se pause sur son épaule. La tempe brillante de transpiration, essoufflé Monsieur Raymond.
« - Assez travaillé Mlle Allain, il est maintenant l'heure de rentrer chez vous. »
Le cœur battant Caroline, surprise n'ose rien répondre. La main de son responsable reste crispé sur son épaule.
« - En passant, Mlle Allain, vous pourriez prendre cette pauvre plante avec vous il serait plus sérieux d'en prendre un peu soin. Tenez, voici 10 euros allez dont lui acheter des engrais qu'elle reprenne des forces. »
Il lui glisse l'argent dans la main. Il avait eu l'air très doux à la fin de sa phrase comme s'il avait repris sa respiration, sans doute le surmenage, il travaillait beaucoup trop ces temps-ci.
« - Bien Monsieur Raymond, autre chose peu être? »
«  - Heu, non, ce sera tout.» Il toussote et finit. « A demain. »
Elle quitte son bureau comme d'habitude, mais cette fois, selon les consigne de son supérieur, elle emporte avec elle sa compagne d'infortune, la scindapsus d'intérieur.

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Première Partie. Chapitre 1.


*
Un fracassant déluge de gouttes claque sur le sol de la douche. Glacial, puis, se réchauffant vite, devenant un bouillonnement assourdissant crachant de brulant éclats d'eau. La buée et la chaleur lui montent à la tête, la vapeur semble l'étourdir un peu plus. Dur de se lever ce matin pour Caroline Allain. Elle a 29 ans et bac +2, célibataire, normal selon elle, c'est à cause de ces maudits kilos de trop, brune aux yeux noirs, 1m67. Dur de se lever, comme tout les matins, pour son seul compagnon, Berlioz. Encore une journée barbante. Au fond de l'appartement, dans la cuisine, le poste de radio postillonne les informations dans un grésillement strident. « Les mêmes info tous les matins », pense- t- elle en se disputant pour enfiler son tailleur gris. Celui que Catherine trouve austère. Catherine est sa meilleur amie, elle se décrit elle même un peu bobo-baba-cool, avec une colonie de marmots; deux seulement en réalité, un peu écolo, et 35 ans dynamique. Elle dit que Caroline est trop coincée, introvertie, et même prévisible.
«-Merci! Mais moi je l'aime bien ce tailleur, et puis c'est quand même un 34! Tu en penses quoi Berlioz? »
Lui, Berlioz, c'est un beau félin pur chat de gouttière; devant son nom aux Aristochats. Et bien, lui, il n'en pensait pas grand chose ce matin. Cela dit, il la trouvait nerveuse, sa maitresse, enfin tant qu'il avait des caresses et une gamelle pleine, et puis, elle était tout le temps comme ça.
Elle ajuste ses lunettes. S'emmitoufle dans son manteau. Prend un parapluie, son sac à main, ses dossiers et un café genre « Starbucks » et attaque la descente de sa cage d'escalier. D'habitude elle aimait cette image d'elle, active, voir débordée. Mais là franchement elle se serait bien passée du parapluie, au moins.
« -Taxi taxi vite, en plus sa gel se matin, pfff, vite. TAXI! »
La poignet de la portière gelée craque, elle s'engouffre en une seconde sur la banquette arrière, aspirée elle lâche l'adresse en un souffle:
« 167 place des droits de l'homme», son lieu de travail, à la préfecture de Nanterre.
Clac, fermeture centralisé.
« -C'est partit ma p'tite dam'! C'est qu'on a l'air pressée ce matin, un rendez-vous important? »
Ça y est encore un chauffeur lourd dingue qui veut à tout prix meubler son taxi en parlant. Si je répond hmm hm pour oui il va comprendre et puis se taire.
« -Hmm hm.
-Ha, c'est bien ça. J'me disais aussi, Michelle, tu vois et bah celle la... »
Caroline souffle, son regard va se perdre sur les mansardes de Paris, les nuages lourds de grisailles se mêlaient parfaitement avec l'architecture d'Haussmann. Les toits de son quartier lassant bientôt place aux habituels barres d'immeubles qui jalonnent sa route, direction, le travail.
« Vous avez 5 minutes de retard, Mlle Allain, cela fait bientôt trois fois ce mois-ci, trois fois de trop. Attention Mlle Allain »
M Raymond dans son costume gris, cravate noire, avec son ridicule badge de « responsable », est son responsable. Et ça, « Mlle Allain » ne le supporte pas.
« - Pff , imbécile » se murmure - t - elle en prenant place à son bureau. En réalité elle le considérait plutôt comme un placard à balais. Sauf que, en plus de son vieil ordinateur, il y avait une plante verte, un pothos ou scindapsus en latin. Caroline n'aimais pas cette plante, en fait elle la détestait même:
« -Une de ces ridicules décorations de salle d'attente, on ne sait jamais si elles sont en plastique ou si ce sont des vraies. Alors on en casse un morceau, juste pour vérifier. Il paraît qu'a force la plante peut en mourir, tu te rends compte ?
- Moi j'le trouve pas mal sexy. » Ça c'était Sibylle sa collègue, là depuis à peine deux semaines et Caroline ne la supportait plus.
« -Qui? répondit Caroline machinalement.
- Mais enfin! M Raymond bien sur!
-Ah? Tu trouves? » Deux semaines à peine et elle connaissait déjà tous le monde, tout le monde l'aimait, elle, elle semblait détester tous le monde.
Gris, voilà, depuis un moment , elle trouve tout gris. Bon pas gris foncé mais là franchement c'était déjà une matinée bien ratée. Elle ne supportait plus son supérieur et ne pouvait voir plus Sibylle, l'avoir à coté d'elle lui mettait les nerfs en pelote. Midi vient enfin. Seule sur sa table, le self, bruyant, regorge de têtes inconnues. Elle mange en silence, sombrant peu à peu dans la mélancolie. Détachée, elle perd la notion du temps, des autres, de tout, plongeant dans l'infini de ses pensées. C'est à ce moment que l'étrange décide de s'inviter à sa porte. Alors qu'elle se levait d'un geste automatique pour ranger son plateau. Caroline sent son ventre se crisper, l'air de ses poumons vidé comme en un souffle; aspiré; glacial. Soudain, plus rien ne bouge, le silence tombe sur la pièce. Les sombres visages sont devenus de vaporeux voiles blanc, flottants paisiblement. Presque brillante, l'atmosphère dégage une profonde sérénité, semblant permettre de répondre à tout. Elle croit percevoir la clef de ces interrogations à travers chaque poussière qui l'entoure. Tout devient limpide. Cet instant ne dura qu'un battement de cil de Caroline, pourtant elle devait ne jamais l'oublier. Quand sa paupière se ferme complètement, la vie reprend brutalement son court, comme une vague de bruit lui fracassant les oreilles. Étourdie, ses yeux peinant à recouvrir la vue, comme si on les avait frotté trop fort, Caroline se rassoit. La réalité lui revient, trop violente, l'obscurité, le brouhaha qui rebondit dans sa tête, la noirceur et le flou, l'envahissent à nouveau. Perdue, seule, nue, fragile elle se sent maintenant encerclée par le vide. Abandonnée au mépris de tous. 13H00 , 13h30 , les aiguilles refusent de reprendre leur vitesse normale, 14h00. Au travail , 14,15,16, pause café. Puis 17h, 17h30 et enfin, 18h00. Les jours se suivent ainsi, et la semaine reprend son rythme lancinant. Lundi, rien de nouveau, il ne fait pas beau le soir. Mardi, Sibylle est toujours exaspérante mais le temps s'améliore. Mercredi, il pleut.